Infos et actions des établissements scolaires du Sud de Paris

Informations et actions mises en place par les établissements scolaires du sud des Hauts-de-Seine contre le décret de Robien et pour une éducation de qualité

16 avril 2007

TROP C’EST TROP !!!

Depuis des mois les profs grondent, depuis des mois nous essayons de nous faire entendre, d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le danger que courre l’éducation, mais en vain !

J’espère que par ce mail, je saurai expliquer de façon claire ce qui est en train de se passer.

 

Le médias commencent enfin à parler de nous depuis quelques temps (TF1 lundi 12 mars au soir : lycée Ionesco d’Issy les Moulineaux : c’est le mien ! France 3 région ce jeudi midi, Le parisien, …), mais sur une ou deux éditions, c’est un peu court pour tout résumer.

 

Depuis une vingtaine d’années, les profs passent pour des privilégiés qui ne font rien et gagnent beaucoup d’argent. Il est très facile de nous dénigrer, c’est une position qui rassemble. Pourquoi nous ? J’avoue avoir raté un épisode…

Mais si notre vie est si enviable : pourquoi tout le monde ne s’engage-t-il pas dans l’éducation nationale ??

 

Plus sérieusement, voici nos problèmes, et nos revendications : elles touchent les enseignants, mais aussi les familles et les élèves :

 


1) Le salaire :

En quelques années, notre pouvoir d’achat a beaucoup baissé : depuis l’an 2000 : - 6 % ! A ce rythme, que nous restera-t-il dans 10 ans ? Et dans 40 ? Je viens juste de commencer !!!

Nous demandons une REELLE REVALORISATION DE SALAIRE !

 

(Au passage : Mr de Robien a annoncé une hausse de salaire de 300 € pour tous les enseignants, il s’agit en fait des « hors classe », soit les mieux payés, qui ont déjà une maison, des enfants en fin d’études, etc… et surtout, ils ne sont que 11 000 pour 850 000 profs au total ! Gare aux effets d’annonce en période pré-électorale !!!).

2) Les décrets fixant les obligations réglementaires de service du personnel enseignant du second degré, dits décrets De Robien :

Ces décrets modifient nos obligations de service. Ils ont été  soumis au Conseil Supérieur de l’Education les 7-8 juillet 2005 et au Comité Technique Paritaire Ministériel le 13 juillet 2005. (Pendant les vacances, histoire que personne ne réagisse…)·

Nous sommes depuis le 1er janvier, tenus de remplacer nos collègues sur demande du chef d’établissement  à hauteur de 5 h par semaine (maximum).

Le décret ne précise pas s’il s’agit de collègue d’une même classe, donc d’une autre matière, ou d’un collègue de la même matière dans une classe dont nous ne connaissons pas les élèves.

Si un service est incomplet : nombre de classes insuffisant… tout enseignant doit  faire :

- soit un complément de service dans un ou 2 autre(s) établissement(s) de la même commune ou dans une commune différente, dans un établissement de même niveau, ou non.

ex : certains de mes collègues enseignent en collège et en lycée, avec le problème d’avoir à enseigner jusqu’à 7 niveaux différents, sans compter les différentes premières et terminales ou les programmes sont là aussi différents (11 niveaux en tout dans l’enseignement général, sans compter le technique et le professionnel dans des lycées comme le mien.)

Pour tout dédommagement, ils ont le droit de faire une heure de moins que les autres… dédommagement pour les trajets, les multiples préparations, les multiples conseils de classes, les multiples corrections, et bêtement, les multiples noms à apprendre…

- soit il doit enseigner une autre matière « conforme aux compétences des enseignants ».

Vu que je parle français couramment, devrai-je enseigner le français ? Ou puisque j’enseigne les SVT (sciences naturelles) devrai-je enseigner les sciences physiques qui restent une science ??

Heureusement, le décret prévoit que l’enseignement doit être d’accord pour cela.

Seulement voilà : c’est le chef d’établissement qui nous le demandera, et c’est lui qui nous note en cours d’année.

Cette note nous permet d’avancer plus ou moins vite dans la carrière, donc détermine en partie notre salaire.

Donc, nous accepterons, sans être formé pour autant… La qualité de l’enseignement aura sûrement à en souffrir.

 Suppression de l’heure de chaire pour les classes de première.

Jusqu’à février dernier, l’état estimait que le travail de préparation de cours, de TP, de corrections de copies en classe de première (S pour ma part) donnait droit à une heure rémunérée en plus, tant la quantité de travail est importante dans cette section.

Il en est de même pour les classes qui présentent une épreuve au BAC.

Or cette heure de chaire de première vient de nous être supprimée, ce qui nous empêche du coup de bénéficier de celle de terminale, puisqu’il faut 6 h d’enseignement dans ces classes. Or en terminale, le prof donne 5 h de cours, alors qu’il en donnait 6 en première !

Baisse de salaire de 150 € net par mois.

 Suppression de l’heure de laboratoire.

Avant, un enseignant de SVT était désigné pour s’occuper du laboratoire : commandes, suivi du matériel, installation du nouveau matériel, gestion des stocks, inventaires, etc…

Il bénéficiait pour ce travail d’une heure rémunérée en plus.

Cette heure étant supprimée, il n’y a plus de responsable de laboratoire, donc tout le monde doit gérer ses propres commandes : un bazar monstre en perspective et un travail énorme… ou au contraire, on arrête ce travail bénévole, et donc on ne fait plus de TP. Malheureusement, les élèves sont notés au bac pour 1/5 sur les TP. Et s’ils n’en font aucun dans l’année ?...

La qualité et le nombre des TP auront sûrement à en souffrir.

Baisse de salaire de 150 € net par mois pour le responsable de labo qui ne le sera plus, et continuera le même travail pour son compte. (Baisse qui s’ajoute à la précédente)

Pour toutes ces raisons qui nuisent à la qualité de l’enseignement et à la rémunération des enseignants, nous demandons le retrait des décrets dit « De Robien »


Tous ces points sont tirés des articles parus au journal officiel (du gouvernement), vous pouvez aller y jeter un œil pour vérifier :

http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/Ajour?nor=&num=50-581&ind=1&laPage=1&demande=ajour


3) La DHG :

Le rectorat donne à chaque établissement un certain nombre d’heure qu’il paiera pour que nous dispensions les enseignements obligatoires.

Or chaque année, il faut se battre car nous n’avons pas assez d’heures.

Conséquences :

- certains collègues font une partie de leurs cours de façon bénévole

- certaines classes sont surchargées (42 élèves en espagnol à la rentrée 2006 !) car on regroupe les élèves (on prévoit 2 classe sur un créneau en EPS, car cela concerne des classe où on pense qu’il y aura régulièrement des absents !...)

- certains collègues commencent l’année avec une classe qu’on leur enlève après 1 ou 2 mois (car pas d’argent !)

- de nombreuses classes ne bénéficient pas de toutes leurs heures (mes terminales ont 1 h de philo et 1 h de maths en moins que les heures obligatoires, et ils ne sont pas dédoublés en anglais comme cela devrait être le cas. C’est autant d’heures en moins pour préparer le BAC) L’école est elle vraiment la même pour tous ??

Est-ce légal ? Non… mais qui s’en occupe ?

Qu’avons nous fait lutter contre cela ?

Des grèves et manifestations (à peine médiatisées) les 18 décembre 2006, 8 février 2007 et 20 mars, grèves  suivies par environ 50 % des enseignants de collège et lycée, sous les couleurs de l’intersyndicale, une association de syndicats de tous bords (donc sans orientation politique) représentant 99 % des enseignants !

Malgré cela, le décret a été définitivement accepté et publié au journal officiel le 13 février 2007.

Définitivement, jusqu’à ce que nous puissions le faire supprimer ! C’est possible, il faut juste se mobiliser.

Donc nous continuons : dans mon lycée, comme beaucoup, nous avons boycotté les bacs blancs, la remise des bulletins aux parents, les réunions comme le CA, … toutes les actions supplémentaires que nous faisons déjà « naturellement » sans être payés sont menacés.

Nous avons organisé une journée « lycée mort » le 15 mars où nous n’avons pas assuré de cours, mais rencontré les parents à la place.

Ce soir, jeudi 5 avril, nous occuperons le lycée pour la nuit, après une réunion au cours de laquelle nous expliquerons tout cela aux parents. Nous avons besoin de leur soutien, et souhaitons un maximum de transparence.

Nous continuerons les grèves.

A savoir : à chaque fois nous perdons entre 75 et 100 € chacun. Ces grèves ne sont pas un acte banal, cela nous coûte dans tous les sens du terme, et comme nous occupons les locaux, il n’est pas question de partir en we prolongé !

Pour le troisième trimestre il est question de ne plus remplir les bulletins, et surtout à terme, si nous ne sommes toujours pas écoutés, nous, enseignants du secondaire, envisageons très sérieusement de bloquer le BAC : c'est-à-dire garder les copies ou les notes, et ne pas les transmettre, ce qui rendrait impossible l’organisation des oraux de rattrapage et l’inscription dans le supérieur.

Evidemment, les premiers touchés seront les élèves. C’est pourquoi nous souhaitons vivement être entendus avant d’arriver à de telles extrémités ; mais le cas contraire nous tiendrons bon !

Pour info : de très nombreux jeunes collègues (dont je fais partie) réfléchissent actuellement à changer de métier et démissionner. Après toutes les études investies, et le plaisir à être avec nos élèves, c’est un choix douloureux, que font de plus en plus d’entre nous.

Notre Ecole au sens large est en danger à de nombreux points de vue, j’avais besoin de pousser ce cri d’alarme.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout, je sais que ce n’est pas marrant, en plus, j’ai sûrement oublié plein de choses, mais c’est très important.

Je compte sur votre attention pour bien décrypter les messages des médias et des politiciens (Sarkozy veut suspendre le décret, Royal et Bayrou veulent l’abroger, mais que feront-ils à la place ?) et n’hésitez pas à me poser toutes les questions les plus farfelues.

Je vous mets en pièce jointe un résumé fait par un prof de sciences éco, et un futur tube des royal picards, c’est TROP FORT !!!

http://whatamidoinghere.hautetfort.com/archive/2007/03/17/komenkifon-pour-konnetre-si-bien-le-bleme.html

Magali Perrin

Professeur de SVT au lycée Ionesco (92)

Le 5 avril 2007.

Posté par LPO Ionesco à 12:43 - LPO Eugène Ionesco (Issy les Moulineaux) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=273207&pid=4642977

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :